Le blog de Jacqueline Peker : littérature, homéopathie, animaux, musique

Debussy à Rouen

rouen

Certains disent que l’impressionnisme est né en Normandie et que c’est pour cela que nous aimons cette région. Depuis vendredi soir, j’ai une raison supplémentaire d’aimer Rouen sous la pluie. Luc, un autre fou d’opéra, m’a entrainée voir Pelléas et Mélisande, le rôle-titre étant chanté par l’un de ses amis. La pluie ne nous pas quittés mais entre les gouttes j’ai aperçu le sourire de Debussy.

Le Théâtre des Arts est lumineux, accueillant et le public (pas plus élégant que dans nos grands espaces parisiens) semble heureux d’être là. Au bar, tout m’a semblé frais et bon et pas très cher…mais la province c’est moins snob…et le champagne n’est pas le même partout !

J’aime Debussy. J’aime cet opéra et depuis si longtemps, que je ferme les yeux, dès les premières notes, pour laisser la place au rêve. Vendredi soir, quand je suis redescendue sur terre, je savais que j’allais vivre trois heures de grand bonheur.

J’aime la mise en scène d’Alain Garichot…un ciel chargé qui va envelopper l’histoire, des ombres et des lumières qui vont imprégner les sentiments de chacun. J’aime la voix et la présence délicate de Mélusine. J’aime la stature et la force des sentiments de Golaud. Je cherche la main de Pelléas…car déjà je suis Mélusine…magie des mots, de la musique, des lumières et du ciel chargé de pluie.

Alors, n’oubliez pas ces noms et allez vous renseigner sur Internet…tous le méritent.

Ingrid Perruche est belle, souriante ou triste, tragique mais parfois heureuse…On ne peut que l’aimer.

Marc Barrard est un Golaud puissant, soucieux, inquiet mais jaloux, un homme fou d’amour et de haine… détruit par le doute.

Jean-Sébastien Bou (c’est pour lui que Luc a tout organisé) s’installe, là, tout contre notre cœur. Il impose sa fragilité, la force de son amour, ses craintes du lendemain…un homme jeune et amoureux qu’on aimerait rejoindre près de la fontaine.

Dois-je parler de ce qui ne va pas…l’orchestre qui couvre les voix, les fauteuils un peu enfoncés ? Non, car après tout je n’exerce pas ce maudit métier de critique. J’aime ou je n’aime pas. Et, j’ai aimé cette soirée, entre tous ces gens au seul service de la musique du grand Debussy.

J’ai décidé de surveiller les programmes de l’Opéra de Rouen, cette si belle ville normande que je souhaite revoir avec un peu de soleil. Et c’est tout de même moins loin que Londres, Milan, Sydney ou New-York…

2 commentaires

    • cecile sur 30 décembre 2010 à 12:11

    bonjour,

    j’atterris sur votre blog via « Google – Debussy – Pelléas ». Je lis cet article touchant de simple sincérité. Puis curieuse de l’auteur je lis votre bio, vos amis, le reste. « Ah bon ! » Je reviens donc ici pour un long commentaire. J’espère ne pas vous ennuyer ^^

    « J’aime Debussy écrivez-vous. J’aime cet opéra et depuis si longtemps, que je ferme les yeux, dès les premières notes, pour laisser la place au rêve. » Ma culture musicale très avancée (!!! je devais être violoniste ! je le suis presque) ne m’empêche pas de faire comme vous heureusement !

    Dieu sait si Pelléas a fait couler de l’encre ! Exégèses musicologiques, historiques, esthétiques etc. On a beaucoup loué (ou démoli) le côté « révolutionnaire » de la déclamation lyrique de cet opéra génial. Révolution de délicatesse. Il a déçu tous ceux qui espéraient de grands airs faits pour s’imprimer facilement dans la mémoire, il a enchanté ceux pour qui la délicatesse de l’expression valait mieux que toutes ses manifestations plus extérieurement repérables.

    Je connais un poète Louis Latourre. Il a une théorie qui n’appartient qu’à lui, il pense que l’origine sociale modeste de Debussy a beaucoup compté, dans son refus de l’expression déclamatoire de l’opéra occidental traditionnel. C’est vrai que Debussy n’a pas été élevé par des parents mélomanes au sens bourgeois-XIXe siècle du terme, mais plutôt dans le goût des chansons populaires correspondant à nos variétés actuelles. Louis me dit que même si ses dons musicaux ont été décelés très tôt par les maîtres de « l’art comme il faut » c’était déjà trop tard le pli « populaire » était pris.

    Alors, étudiant au Conservatoire, embarqué malgré lui dans certaine vie mondaine, s’il commença par composer comme ses condisciples des mélodies très « salonardes », écrites un peu comme ‘sur les pointes de la danse classique’ chantent les sopranos dramatiques colorature, il n’en rêvait pas moins de l’opposé, de l’auteur littéraire qui « ne disant les choses qu’à demi, [lui] permettrait de greffer son rêve au sien » comme il confiait déjà à son professeur. À l’âge de 30 ans la découverte de la pièce de Maeterlinck l’a surpris par son caractère très suggestif, où rien n’est appuyé. Puis il avait quand même l’exemple de Wagner avec sa « mélodie infinie ». Alors il écrivit qu’il fallait chercher « après Wagner et non d’après Wagner ».

    Il a passé 10 ans à créer la musique qui convient à ce caractère allusif du style de Maeterlinck. Et ensuite, après le long travail sur Pelléas quand il a composé encore quelques mélodies, ce furent des pièces dépouillées de l’emphase de ses premiers essais.

    Comme vous livrez beaucoup de vous-même dans votre blog, vous nous donnez un peu carte blanche affectivement, aussi je me permets de vous confier une anecdote. Louis m’a raconté qu’il lui était arrivé des aventures étonnantes cette année, à propos de Debussy. D’abord il a croisé en tout début d’année (dans une supérette !) le mari de Karen Vourc’h qui a repris Mélisande à l’Opéra Comique de Paris en juin dernier. À l’opéra ce mois de juin il a rencontré Denis Herlin le plus grand spécialiste vivant de Debussy. Et le lendemain (!) sa fille a découvert dans une librairie spécialisée en autographes rue Bonaparte une lettre inédite de Debussy, concernant Pelléas et Mélisande. Trois hasards curieux !

    Du coup il s’est amusé à envoyer sur YouTube toutes les Études de Debussy, Douze études (1915)
    le testament pianistique, la porte ouverte sur toute la musique de piano moderne, ces pièces où Debussy se surpasse, dont certaines ont l’air d’avoir été écrites… demain… (là je le cite).

    Elles méritent un écrin précieux, un Steinway, un ingénieur du son, un studio, 9 micros, un virtuose, c’est ce qu’écrit une amie commune dans les commentaires de ces vidéos ici (les 12 Etudes s’enchaînent en playlist) :

    http://www.youtube.com/watch?v=i9Q4d4WOuOM&feature=PlayList&p=8F56294233647B6F&index=0&playnext=1

    mais alors ici c’est le minimalisme absolu, clavier numérique et webcam, image médiocre et son très mauvais le plus souvent – et le pianiste qui dit que ce n’est pas son métier.

    Mais ce sont les Douze Etudes quand même, les commentaires sont intéressants, et cela nous change un peu du Clair de lune !

    Heureuse d’avoir pu passer quelques moments près de vous, je reviendrai vous visiter de temps à autre. Vous avez une biographie rare et bien émouvante.

    Cécile

  1. Quoi tu es passé à côté de Vernon sans t’arrêter ??!!
    Allez bisous quand même.
    Nathalie

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