Sur un sentier broussailleux…le Graal retrouvé!
le 23 février

|
« Oh ! suprême bonheur d’un miracle éclatant ; la lance qui a pu refermer ta blessure, j’en vois couler un sang très saint, attiré par la source parente qui coule là-bas dans l’onde du Graal. Qu’il ne soit plus caché : Ouvrez la châsse et dévoilez le Graal.
Miracle du Salut suprême Rédemption pour le Rédempteur ! »
Ce sont les derniers mots de l’Opéra de Wagner. Parsifal est ébloui par la Lumière du Graal. Dieu rôde. C’est à Romeo Castellucci que nous devons ce miracle. Le silence bloque émotion et respiration. L’angoisse fige nos regards. Le Graal était dans la forêt. Je l’ai ramassé sur un chemin broussailleux. Je sens tout son pouvoir, là, au creux de ma main. Wagner a montré que la recherche de la Vérité nous rapprochait de Dieu, mais ce Romeo Castellucci nous entraine bien au-delà… dans le combat de l’amour et de la haine, de la magie et de la construction, de la détresse et du pouvoir, de la découverte des corps pour chasser le brouillard…un homme qui, dès les premières minutes, vous prend par la main et vous guide vers la Lumière… Non, ce n’est pas un metteur en scène, mais un magicien sur le chemin de notre bonheur. Je cherche le Graal depuis si longtemps, et là, sur une scène de l’Opéra de la Monnaie à Bruxelles, il m’enveloppe dans son immensité…la Lumière sur un rideau blanc qui bloque ma respiration. Le seul pouvoir d’un artiste a changé les hommes en dieux et il demande à un chien silencieux de transformer leur indifférence en amour. Un créateur décide de se mettre au service du plus grand des musiciens, après avoir vécu tout contre sa musique pendant des mois. Je ne trouve plus les mots qui devraient me permettre de le remercier. Alors, je prie, là, en écrivant pour un homme qui m’a permis d’approcher l’autel de la Rédemption…pour un artiste capable de faire des miracles ! C’était dimanche 20 février 2011 – entre 15H. et 20H. – au Théâtre de la Monnaie à Bruxelles. Dehors il faisait froid et humide. J’espère qu’il y aura des retransmissions…alors vous comprendrez que ce n’est pas seulement de l’enthousiasme. |
|
Un Giulio Cesare de bazar…
le 6 février
![]() |
|
|
Conversation d’un soir avec Georg Friedrich Haendel. Si je n’avais pas relu, il y a quelques semaines, l’ouvrage que vous a consacré Romain Rolland en 1910, je n’aurais aucune raison de me confier à vous et de vous parler de ce Jules César qu’on donne actuellement à l’Opéra Garnier. Pourquoi avoir accepté une telle mise en scène ? Pourquoi avoir vidé les caves poussiéreuses du Louvre pour recouvrir le plateau de Garnier ? Pourquoi des charriots, des palettes, des tréteaux, des statues en plâtre ou en carton, des tableaux de supermarché…et surtout tous ces préposés au ménage qui courent dans tous les sens comme pour ventiler leurs bleus de travail moisis ? Pourquoi Monsieur Pelly, qui a tant de talent, s’est-il compromis dans un tel bazar qui ressemble plus à une décharge publique qu’à des palais romains ? Pourquoi avoir ridiculisé les chanteurs en leur imposant des vêtements achetés en solde au tout début de l’ère chrétienne ? Dans ce décor, et surtout dans ce grand débarras morbide, comment demander à des chanteurs de ne vivre que pour vous et pour cette musique qui, elle, n’a jamais pris une ride ? Dans vos opéras nous sommes habitués à entendre des mezzos dominantes et qui nous coupent le souffle. Je n’aime pas blesser mais Jules César et Cléopâtre sont des puissants, des combattants, des dominants…dont les voix s’imposent au monde. Je pense que vous avez été troublé, comme tout le public, par les voix et la présence de Cornelia, Tolomeo et Sesto…Il faut les remercier pour ces moments de bonheur. Romain Rolland dément que vous soyez un musicien guindé et grandiloquent. Il dit que vous êtes un humaniste et que Beethoven vous doit beaucoup. Pour faire respecter vos œuvres, suiviez-vous les répétitions et imposiez-vous vos désirs de décor et de mise en scène ? Les Anglais ont du apprécier une telle rigueur ! Pourquoi n’avoir pas conseillé Laurent Pelly ? Pourquoi n’avoir pas demandé à cette bien « vaporeuse chef d’orchestre » de ne pas couvrir la voix déjà défaillante des chanteurs ? Pourquoi vous tenir à l’écart, vous, l’un des plus grands musiciens du monde, vous, dont la musique nous comble parce que tragique et lumineuse ? Le public aime votre œuvre universelle, cosmopolite, tournée vers la nature, le spirituel et l’émotion…une musique actuelle et européenne. Oui, cher Haendel, j’aurais aimé que Paris vous rende heureux…Mais il n’est jamais trop tard.
|
|
Médaille d’or…Stéphane Degout
le 30 janvier
|
Vendredi 28 janvier 2011. Un vent venu d’ailleurs agresse la Place de l’Alma. Il est 19H30 quand j’arrive devant les portes du Théâtre des Champs Elysées. Il fait tout juste 0° et je constate que les amoureux du « show-biz classique » ont préféré le home cinéma. Mon ami Luc m’a expliqué que Stéphane Degout était l’un des quatre grands barytons français et qu’il donnait là son premier récital parisien. Oui, je me souviens de lui dans « La Ville morte » de Korngold, à Bastille et comme je suis encore attachée aux vrais CD, j’achète le Requiem allemand de Brahms et ces Mélodies françaises qu’il doit chanter ce soir. Depuis samedi matin tout mon appartement est imprégné des musiques de Debussy, Ravel…mais aussi des poèmes de Villon, Verlaine…J’écoute, je regarde, je respire…je caresse la voix… Oui, Stéphane – pardon de vous appeler ainsi mais, j’appelle toujours par leur prénom, ceux qui m’envoient des fleurs ou me donnent de grandes joies – oui, j’ai eu un peu honte de ce public parisien. Je redoute ceux qui louent six mois à l’avance mais qui, le soir du concert, arrivent déjà déçus par les critiques de Londres ou de Berlin…et qui se consolent en buvant des coupes des champagne, le foulard en cachemire autour du cou, le jean effondré sur les Convers. Vendredi soir il y avait tous ceux qui voulaient vous découvrir, vous tout seul, enfin, retrouver le parfum des mélodies françaises…et regarder avec admiration le beau trentenaire que vous êtes. Les applaudissements, qui vous ont obligé à de nombreux rappels - comme Poulenc aurait été heureux de vous entendre et de vous voir mimer ce bestiaire dont il était si fier – prouvent que je ne suis pas la seule à vous remettre la Palme d’Or de la Mélodie française. Je vous confirme que je vous écoute et que ma joie reste constante. Je retrouve Ravel, Chabrier, Hahn…et les autres, Verlaine, Sully Prudhomme…Comme notre langue française est belle mais vendredi soir, avec vous, nous avons retrouvé les moindres soupirs de tous ces poètes qui ont inspiré nos plus grands musiciens. Je pense qu’un artiste comme vous peut nous aider à relever la tête. Notre patrimoine est si riche qu’on lui consacre deux jours. J’aime la musique, toutes les musiques, aussi est-il important que l’on dise à nos jeunes que les musiciens français sont aimés dans le monde entier et que nos poètes sont traduits dans toutes les langues. Merci Stéphane d’avoir redonné aux Mélodies françaises la place qui est la leur…et cette audace-là vaut bien une Médaille d’Or. N’oubliez pas de la prêter à votre merveilleuse pianiste, Hélène Lucas. Elle fera bon effet sur son chemisier noir. Je réserve pour votre prochain récital.
|
|
La musique? un enchantement qui n’en finit pas.
le 8 novembre
![]() |
|
| www.claves.ch | |
Je me suis accordé un petit temps de repos après mon second séminaire près de Lausanne. Toujours je remercie ceux et celles qui ont ciselé le déroulement de ces deux journées, Fabienne Maillefer et Marie-Noëlle Issautier avec laquelle j’ai partagé mon temps de parole.
Nous nous sommes séparées le dimanche en fin d’après-midi. Marie-Noëlle a regagné Lyon et Fabienne m’a accompagnée chez mes amis Verrey. En me blottissant près de cette famille que j’aime – chiens compris – j’ai senti disparaître ma fatigue, et d’autant plus qu’Olivier allait satisfaire ma boulimie musicale et ma passion des vrais CD et de leurs pochettes.
Je vis « avec et par » la musique depuis plus de 60 ans mais n’ayant pas réussi à jouer du piano, j’ai appris à écouter, à m’imprégner.
Mon appartement, mes animaux, mes plantes, mes livres et moi-même n’avons jamais pu vivre sans Bach, Beethoven, Schumann…sans Mélina Mercouri ou Jean Ferrat…sans les fados portugais…Mais, ce dernier dimanche d’octobre, Olivier Verrey m’a offert un grand moment de joie. Charles Villiers Stanford, Cédric Pescia, Joseph Moog…un musicien du siècle dernier, de jeunes interprètes…tout ce qui peut me donner le sourire et, plus encore me donner envie de vous l’offrir.
Ce qui est magique aujourd’hui c’est que, après la lecture de mon billet, vous pouvez vous précipiter sur Internet et faire la connaissance de ce musicien et de ces interprètes qui sont des transmetteurs de bonheur. Vous pouvez même, sur notre lancée, commander les CD de « Chaves Records-Suisse », une vraie maison de disques, qui accepte la crise mais qui me semble le coup de cœur d’Olivier Verrey.
Le Concerto pour piano n°2 de Stanford, interprété par Finghin Collins, s’écoute avec un vrai plaisir…une boite de chocolats suisses à portée de main. J’aime cette musique ample et tonique…et qu’on ne vienne pas me dire que cela ressemble à du Rachmaninov…les Irlandais sont surement aussi fous que les Russes.
Joseph Moog a un peu plus de 20 ans. Il interprète Jongen, Reger et Scriabine avec tout ce qui vibre en lui. Il projette le musicien russe dans l’espace, dans les tripots enfumés, quand la musique vous donne envie de danser. Je soupçonne ce Joseph Moog d’avoir un peu de sang russe.
On m’avait dit que Cédric Pescia était un grand pianiste mais c’est plus que cela. Il ne joue pas les Variations Goldberg, il les construit, les façonne, les adapte à notre monde intérieur…Bach si présent et qui approuve chaque note car enfin le spirituel se mêle au charnel.
J’ai décidé d’assister à son prochain concert. Une très jolie chambre m’attend chez mes amis…3 heures de TGV, mon IPhone m’offrant une sonate de Beethoven, une autre corde à l’arc de Cédric Pescia, c’est plus séduisant que les embouteillages parisiens…
Je vous le confirme, la musique est en enchantement qui résiste au temps…
Debussy à Rouen
le 6 octobre
|
|
|
|
Certains disent que l’impressionnisme est né en Normandie et que c’est pour cela que nous aimons cette région. Depuis vendredi soir, j’ai une raison supplémentaire d’aimer Rouen sous la pluie. Luc, un autre fou d’opéra, m’a entrainée voir Pelléas et Mélisande, le rôle-titre étant chanté par l’un de ses amis. La pluie ne nous pas quittés mais entre les gouttes j’ai aperçu le sourire de Debussy. Le Théâtre des Arts est lumineux, accueillant et le public (pas plus élégant que dans nos grands espaces parisiens) semble heureux d’être là. Au bar, tout m’a semblé frais et bon et pas très cher…mais la province c’est moins snob…et le champagne n’est pas le même partout ! J’aime Debussy. J’aime cet opéra et depuis si longtemps, que je ferme les yeux, dès les premières notes, pour laisser la place au rêve. Vendredi soir, quand je suis redescendue sur terre, je savais que j’allais vivre trois heures de grand bonheur. J’aime la mise en scène d’Alain Garichot…un ciel chargé qui va envelopper l’histoire, des ombres et des lumières qui vont imprégner les sentiments de chacun. J’aime la voix et la présence délicate de Mélusine. J’aime la stature et la force des sentiments de Golaud. Je cherche la main de Pelléas…car déjà je suis Mélusine…magie des mots, de la musique, des lumières et du ciel chargé de pluie. Alors, n’oubliez pas ces noms et allez vous renseigner sur Internet…tous le méritent. Ingrid Perruche est belle, souriante ou triste, tragique mais parfois heureuse…On ne peut que l’aimer. Marc Barrard est un Golaud puissant, soucieux, inquiet mais jaloux, un homme fou d’amour et de haine… détruit par le doute. Jean-Sébastien Bou (c’est pour lui que Luc a tout organisé) s’installe, là, tout contre notre cœur. Il impose sa fragilité, la force de son amour, ses craintes du lendemain…un homme jeune et amoureux qu’on aimerait rejoindre près de la fontaine. Dois-je parler de ce qui ne va pas…l’orchestre qui couvre les voix, les fauteuils un peu enfoncés ? Non, car après tout je n’exerce pas ce maudit métier de critique. J’aime ou je n’aime pas. Et, j’ai aimé cette soirée, entre tous ces gens au seul service de la musique du grand Debussy. J’ai décidé de surveiller les programmes de l’Opéra de Rouen, cette si belle ville normande que je souhaite revoir avec un peu de soleil. Et c’est tout de même moins loin que Londres, Milan, Sydney ou New-York… |
|
Une comédie grinçante…
le 1 mars
![]() |
|
|
Je n’aime guère les comédies mais j’aime tout ce qui grince…Il faut savoir que Laura Pélerins est la fille de mon amie Eve et que c’est elle qui m’a demandé de venir voir le spectacle. Il faut aussi que je vous dise, que le Connétable, rue des Archives, représente des souvenirs magiques…Maurice Fanon, Pia Colombo, René-Louis Lafforgue, Christian Juin et tous ceux qui venaient chanter en yiddish…des soirées qui se terminaient bien souvent au petit matin…alors nous allions tous prendre le petit déjeuner, chez ma mère, rue Chapon et nous refaisions le monde. Oui, j’aurais bien aimé emmener Laura chez ma mère car elle a le talent des anciens qui ont fait la réputation de ce cabaret. En quelques minutes, elle prend possession de tout, le public, les murs en pierre, les chaises bancales, la scène qu’elle a su organiser, le piano qui ressemble à une console de bar…Laura est là et on ne la quitte pas des yeux et des oreilles. Laura est belle, souriante et grinçante. Elle raconte, elle chante, elle joue du piano, elle se moque…Elle est triste mais elle rit…Elle attaque et elle pleure…et on la suit, heureux. Laura parle d’amour, de sa fille, de ses amants, de son banquier…ses histoires ressemblent aux nôtres…Elle raconte sa vie, ses obsessions…On dirait une plante carnivore. On a envie de caresser…mais on sait qu’on y laissera un doigt ! Laura salue. On applaudit et on sort le cœur plein de joie. Et pour la remercier on dépose un billet dans un chapeau…comme jadis ! Laura Pélerins est une artiste, une vraie, et j’aimerais tellement que vous puissiez l’entendre.
Ses prochains spectacles sur son site :
|
|
Mouron chante Brel
le 20 février
![]() |
|
|
Encore un miracle Internet…une publicité sur mon écran… « Mouron chante Brel »…Mouron, dont j’ai soigné le caniche noir arthrosique pendant des années. Je lui écris. Elle répond, dit sa joie et, hier au soir je me retrouve dans une petite salle du Théâtre de Ménilmontant…et, dans le noir, je laisse couler mes larmes et affluer des flots de souvenirs. Car les chansons de Brel sont des drames qui nous forcent à regarder le monde en face. Mouron chante. Elle raconte les quinze ans de cet homme tellement présent aujourd’hui. Chaque chanson accroche le passé des plus vieux mais révèle la révolte des plus jeunes…et le choix de Mouron est le meilleur possible. Mouron est généreuse car c’est bien à nous, son public, qu’elle offre ces chansons qui semblent avoir été écrites pour elle. Mouron, doucement, tendrement, efface les années d’absence…là, sur cette petite scène, accompagnée par Terry Truck, un pianiste de très grand talent. Mouron qui nous offre un Brel…presque plus Brel que Brel…une soirée magique. Il faut la découvrir.
|
|
Entre le rêve et l’hypnose…
le 24 octobre
|
|||
|
. |
|||
Tempête au Châtelet…
le 30 janvier
![]() |
|
| Le vent a soufflé à plus de 150km/h. sur le Théâtre du Châtelet…il a déchiré le plafond, les murs, la scène et s’est accroché aux spectateurs tétanisés. A sa respiration s’est mêlée la musique de Monteverdi…Pendant deux heures nous avons découvert le paradis…l’enfer…Dieu qui dans un rayon laser nous a emprisonnés. J’ai vécu un grand moment de folie et j’ai eu l’impression d’entendre ces Vêpres pour la première fois. J’ai aimé les lumières, les costumes, les chanteurs, les musiciens et les deux heures de génie de Jean-Christophe Spinosi. Oui, j’ai tellement aimé ce spectacle que j’en parle à tout le monde. Il ne faut pas oublier que cette mise en scène spatiale nous la devons à Oleg Kulik, un metteur en scène qui n’a peur de rien…un Russe, bien entendu, qui sait comment traiter avec Dieu. A aucun moment, cette folie pleine de lumière,ne se détache des exigences de Monteverdi. La spiritualité est partout. Chaque chant est prière…et sur ce chemin brûlant nous sentons le poids de notre croix. L’orage éclate et une pluie tiède vient nous apporter ce rêve qui réchauffe le coeur. Monteverdi, Spinosi, Kulik…allons-nous vers un nouveau siècle des Lumières? |
|
La flûte…
le 18 novembre
![]() |
|
|
La flûte…piétinée, mutilée, ridiculisée, agressée…je ne trouve plus de mots pour exprimer ma colère. Je pense à Mozart dont j’aurais eu bien du mal à soutenir le regard. |
|







