24 juin.

Un regard nouveau.

Pour aligner des phrases sur un écran, il faut un peu d'esprit mais aussi de bons
yeux...Depuis quelques jours j'ai deux nouveaux cristallins...et c'est magique!
Oui, magique...car je vois - sans lunettes - bien au-delà du bout du monde.
Je vois les formes, les couleurs, la lumière et les ombres. Tout ce qui m'entoure me
semble tellement différent : mes livres, mes tableaux, les personnages qui défilent
sur mon écran de télévision, les nuages dans le ciel et la tendresse infinie inscrite
dans les yeux de Plick et de Génia...
Cette opération-là serait la privilège de l'âge. Il y a bien longtemps que j'en recule
l'échéance par crainte du monde hospitalier. Un jeune chirurgien a accepté de me
prendre en charge dans une petite clinique sans prétention mais merveilleusement
équipée et je lui en suis tellement reconnaissante...un de ces hommes de science qui
a le coeur au bout des doigts...
Ainsi je vous retrouve tous et lentement je retrouve tout ce que j'aime...

09 juin.

Relire...Albert Cossery.

Des dizaines de livres sont publiés chaque jour et j'imagine que le monde des Editeurs
se frotte les mains...La presse spécialisée nous parle de ceux qu'on lui impose! Alors
faisons confiance à nos amis libraires.
Quand trop d'auteurs me séduisent, je fais une halte et je reviens quelques années en
arrière, retrouvant des livres qui ont su faire mon bonheur.
Ainsi, chaque année, je reprends contact avec Albert Cossery. Je viens donc de relire
"Les Hommes oubliés de Dieu" et toujours avec la même joie.
Cossery est né en 1913, au Caire. Il écrit en français et est installé dans un petit hôtel
près de Saint-Germain-des-Prés depuis 1945. On le rencontre parfois chez Lipp ou sur la
terrasse des Deux-Magots.
Je crois bien qu'il n'a publié que huit livres, mais tous décrivent les rues du Caire. Tous
sont peuplés par des miséreux, des brigands, des voyous, des voleurs, des prostituées,
des nantis, des saltimbanques...Cossery, c'est le monde du sexe mais aussi le monde de
l'amitié, de l'humanisme...
Merci à Joëlle Losfeld qui a eu le courage et le mérite de le re-publier livre après livre et de
nous offrir, enfin, les "Oeuvres Complètes".
J'aime cet anarchiste désinvolte et "Mendiants et Orgueilleux" est un livre magique et magnifique
qui nous enseigne la vie. Cossery hait l'imposture et l'hypocrisie. Il glorifie l'humour, la farce,
la démesure. Il ne possède rien, aussi a-t-il pu raconter la misère, la bêtise, la générosité,
la poésie de tout un peuple.
Malgré le Grand Prix de la Francophonie et le Prix Audiberti, ses livres n'ont jamais connu
de tirages fabuleux...mais ceux qui ont appris à les aimer leur restent fidèles et on se les échange
comme on s'échange des secrets.

"Je me fous de la célébrité et tout est dans mes livres".


02 juin.

Bonjour Max.

Nous sommes le 2 juin, et je pense à toi Max Yves, mon ami de plus de trente ans.
Tu es parti trop vite et nous n'avons pas eu le temps de profiter de nos retrouvailles
miraculeuses que nous devons à notre Sarah. Tous les 2 juin...nous pensions à l'élection
de Senghor à l'Académie française. Tu m'avais appris à mieux comprendre ses poèmes
alors que je m'attardais sur ses qualités d'homme d'Etat et sur le fait qu'il avait été le
promoteur de l'unité africaine et de la francophonie.
Quand nous nous sommes retrouvés, tu m'as parlé de l'année Senghor et de tous
tes projets et tu m'as offert ce livre merveilleux qui ne me quitte plus.
J'ai fait avec toi mes premières émissions de télévision. Nous étions les spécialistes
des reptiles, des oiseaux, des lévriers...Tu savais tout sur tout...toi, l'ethnologue,
le photographe, l'écrivain, le grand voyageur...Tu me parlais des profondeurs de la
mer, des Aztèques, du désert...et je pouvais t'écouter pendant des heures.
Et puis le manque de temps nous a séparés et je t'ai retrouvé enfin mais pour si peu
de temps. Ce livre sur Senghor, c'est toi...un diamant qui brille dans toutes les directions.
Les photos, les textes écrits par différentes personnalités, les poèmes...donnent
au maître africain la place qu'il mérite car il était bien l'une des plus grandes figures
du 20ème siècle.
Senghor donnait de l'âme aux mots...toi, Max Yves, tu donnes de l'âme aux silences.
J'ai trouvé ce 2 juin pour te dire que je ne t'oublie pas.

"Léopold Sédar Senghor"
Textes réunis par Max Yves Brindily
Ed. du Phosphore et Maisonneuve-Larose

Prenez le temps de relire des poèmes de Senghor : Chants d'ombre, Nocturnes,
Hosties noires...