La flûte…

le 18 novembre


La flûte enchantée - Mozart

La flûte…piétinée, mutilée, ridiculisée, agressée…je ne trouve plus de mots pour exprimer ma colère. Je pense à Mozart dont j’aurais eu bien du mal à soutenir le regard.
Chacun sait que cette Flûte est un Opéra difficile qui représente ce qu’il y a de plus mystique chez Mozart. C’est un hommage à ses Frères, à Dieu, aux Hommes…c’est un grand pas vers la Spiritualité.
Alors comment des hommes de métier payés (et très probablement bien payés) peuvent-ils s’autoriser à commettre un tel ravage? des matelas, des paillettes, des bruits incongrus, des écrans géants pour autoroutes surchargées, des jeunes filles de la nuit tout juste sorties d’une maison de passe, une Reine qui arrive tout droit du Carnaval de Rio, un Papageno essoufflé par ses exploits durant la gay-pride…et j’en oublie tant est grande ma déception.
Je suis partie après le premier acte. Quand on me sert une omelette trop cuite, je la renvoie en cuisine et j’attends que l’on m’en serve une autre…mais là, comment combattre un tel “sabotage”? J’ai payé ma place et personne ne me remboursera…alors j’écris ce billet et je souhaite qu’il fasse le tour du monde.
Il y a quelques années dans un petit théâtre de Prague, pour 15Euros, j’ai assisté à une représentation de la Flûte…des chanteurs inspirés, un orchestre respectueux, des costumes poussiéreux qui auraient pu être d’époque…et partout Mozart…à portée de coeur…Ce sont ces souvenirs-là qui aident à vivre.


Mister B. Paris vous aime
Mister B…George Balanchine et Stravinsky (réunis sur cette photo), Balanchine et Mozart, Balanchine et Tchaikovski…Balanchine tellement présent…Balanchine que l’on devine dans le regard de tous les danseurs du New York City Ballet…La scène de l’Opéra Bastille est enfin a la hauteur de sa mission.
Les chorégraphies de Mister B. sont tellement actuelles qu’elles s’imposent en ce début de 21ème siècle…pas une ride…pas un souffle d’ennui…Oubliés les ballets rigides et sans âme, les opéras figés et ternes, les films grotesques et toutes ces expositions qui n’apportent rien à l’Art.
Le 10 septembre, j’ai vu deux ballets de Balanchine - Serenade et Symphony in Three Movements - et je ne peux les oublier…beauté des chorégraphies, beauté des musiques, beauté des danseurs dont le sourire nous communique leur enthousiasme…
Merci Mister B. La danse française et l’Art en général, vous doivent beaucoup…aussi nous aurions pu vous offrir autre chose qu’une rue minuscule dans le 13ème arrondissement…
Merci au New York City Ballet. Et permettez-moi de citer John Taras qui a tant fait pour que George Balanchine reste si présent dans nos mémoires.

“Puisse la musique abattre les frontières”
C’est ce qu’a souhaité Daniel Baremboïm, hier au soir, à la Salle Pleyel, après plus de 15 minutes d’applaudissements.
En 2009, le “West-Eastern Divan Orchestra” fêtera son 10ème anniversaire. Où? En Palestine, en Egypte, en Israël, en Syrie, au Liban? Qu’importe…il faudra une ville silencieuse dans laquelle ne circuleront plus les tanks et dans laquelle, on croisera des soldats les bras chargés de fleurs.
Monsieur Baremboïm comme je voudrais assister à ce miracle. Comme je voudrais faire confiance à ceux qui nous gouvernent. Comme je voudrais qu’au même instant des millions de bougies s’allument partout dans le monde - chrétien, musulman, juif - célébrant enfin la Paix et l’ Amour.
Merci pour ce concert parisien. Merci à vous, à tous vos musiciens, mais merci aussi à Waltaud Meier, à Simon O’Neill et à René Pape qui ont réinventé le premier acte de la Walkyrie.
Merci pour ces larmes que je n’ai voulu contenir.
Je n’ai pas le pouvoir d’influencer le Jury qui nomme les prix Nobel de la Paix…mais, ce que je peux vous dire, Monsieur Baremboïm, c’est que dans mon coeur, vous êtes bien le meilleur lauréat.

Un Kaddish…le chemin de la mémoire
Il y a des concerts qu’on ne devrait pas manquer! Mais comment être au courant de tout ce qui se passe dans la capitale? Ainsi, fin mai, à la Salle Pleyel, un élève de Leonard Bernstein, John Axelrod, a dirigé ce Kaddish, composé en 1963 et que l’on entend trop peu. Cette oeuvre doit nous permettre de ne jamais oublier l’Holocauste. C’est une symphonie qui mêle à la musique la voix d’un récitant.
En 1989, Bernstein demande à Samuel Pisar d’écrire un nouveau texte.C’est ce texte-là qui a été dit à Pleyel et c’est ce texte-là que vous pourrez retrouver sur le CD.
Samuel Pisar est l’un des plus jeunes rescapés de la Shoah et écrire un tel texte est plus qu’une expérience artistique…c’est un devoir de mémoire. A Auschwitz, il a perdu toute sa famille et depuis son retour, il se bat pour que rien ne soit oublié.
Merci à la maison Nimbus d’avoir commercialisé ce concert dans des délais aussi rapides. Le Requiem de Kurt Weil et celui d’Arnold Schoenberg sont un excellent choix.
Plus les années m’accablent et plus je pense à tous ceux qui m’ont été arrachés et surtout à mon père. Ces musiques-là m’aident à entretenir le chemin de ma mémoire.

KADDISH
Bernstein - Weill - Schoenberg
Pisar - John Axelrod - Orchestre Symphonique de Lucerne
NIMBUS Records


Musique, bonheur et spiritualité
La pluie avait beau s’écraser sur le toit et les vitraux de l’ église de la Trinité, elle n’a pas eu raison des sonorités d’un orgue totalement soumis à l’immense talent de Carolyn Shuster et des voix magiques du choeur “Juana Coeli”.
Une heure de vrai bonheur et de spiritualité que nous devons à un programme parfaitement pensé.
Je regrette bien un peu de n’avoir pas vu ces dames dirigées par Brigitte Lazarevic…leurs visages, leurs robes noires, leurs regards…font partie du chant grégorien qu’elles nous transmettent.
Je pense qu’ Olivier Messiaen aurait apprécié ce programme, somptueux certes mais tellement imprégné de spiritualité.
J’espère qu’un enregistrement sera bientôt disponible, ainsi nous pourrons revivre cette heure de vrai bonheur.
Merci, à tous et à toutes.

La Harpe est une fête
Je connais Chantal Thomas d’Hoste depuis plus de vingt ans…J’ai soigné ses chats et lorsque mes mains soulageaient leur mal-être, nous parlions de Mermoz, de Mozart, de nos maîtres et de cette musique qui, toujours, nous imprègne.
Christiane, sa mère, qui est devenue un maître Reiki, habite près de chez moi et nous partageons nos passions de “retraitées”…C’est elle qui m’a remis l’ouvrage de sa fille : “La Harpe est une fête”. Je connais les harpes de Chantal. Elles ont une place d’honneur dans son appartement. Elles captent la lumière…un peu comme si les vitres se transformaient en vitraux. Quand Chantal joue il y a comme une rupture avec le temps. La musique s’accroche à tout notre être et prend possession de toute notre attention…oui, c’est magique.
Chantal explique que “la harpe a une personnalité très forte et une présence étonnante dans une pièce”…mais c’est plus que cela…elle transporte…elle fascine…N’est-ce pas, très exactement, ce que nous demandons à la musique? nous permettre d’oublier ce monde qui nous agresse?

www.thomasdhoste.com
“La Harpe est une fête” - Editions Publibook - 01 53 69 65 55
“Inspiration” CD diffusé par l’interprète
Les dessins du livre sont de Jacques d’Hoste.


La Salle Pleyel?…un souvenir douloureux…
En octobre 1927, au 252 rue du Faubourg Saint-Honoré,on a ouvert les portes de la Salle Pleyel…un lieu mythique promis à la musique et à la danse.
Je ne me souviens plus très bien quand j’y suis entrée pour la première fois. Je devais avoir tout juste 20 ans et j’ai entendu la 9ème Symphonie de Beethoven.
La musique était partout, sur les murs, sur le plafond, dans nos coeurs.
Longtemps j’ai pris ce chemin pour admirer cette immense bâtisse. Je savais que tous les étages étaient occupés par des cours de danse, de chant, de piano mais je ne savais pas que j’écouterais là des dizaines de concerts et de récitals aux côtés de mon amie Magda Tagliaferro.
Je ne savais pas qu’un jour, Hélène Sadovska m’accepterait dans son cours de danse classique, qu’elle me permettrait de gérer mon corps et mon mental. Mais je ne savais surtout pas que tout ce lieu magique serait envoyé à la casse…pour être reconstruit et ressembler à une sorte d’arène lunaire…Tout y est froid, sans magie, sans confort, sans âme…on en a chassé le passé artistique…on en a chassé tous ceux qui faisaient vivre la danse et la musique…mais on a osé garder le nom…Comme il est important le pouvoir de l’argent.
Il faut continuer d’aller applaudir tous ces artistes que nous aimons…mais quand les lumières s’éteignent pensons à tous ceux qui avaient pour mission de protéger l’Art dans un lieu inscrit dans notre mémoire…la Salle Pleyel garde le poids du souvenir.

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Ainsi, s’exprime Richard Wagner quand il écrit les premières mesures de Parsifal et qu’il prend conscience de la cruauté humaine. Ce personnage sera l’image décalée de son propre destin. Tous les wagnériens aiment cet Opéra et nombreux sont ceux qui se font une joie de le retrouver.
Je ne connais pas Krzystof Warlikowski. Il est venu saluer, tel un pantin triste qui n’avait pas eu le temps de s’habiller. J’ai crié ma honte et ma colère comme tout le public. Comment ce metteur en scène a-t-il eu l’autorisation de travailler sur une oeuvre que Wagner considérait comme son testament philosophique? Comment ridiculiser ainsi les différents personnages?
On dit que cet homme est un grand Européen, un bon élève qui a été l’assistant de Peter Brook, un passionné de littérature et tout particulièrement de Shakespeare…mais de là à lui confier Parsifal…NON! Cet Opéra se suffit à lui-même, alors pourquoi ajouter des photos d’un film de Rossellini ou des dessins animés grotesques? Où sont passés l’Amour, la Foi, l’Espérance? La musique, l’Orchestre et les interprètes nous ont permis, à chaque instant, d’écarter toutes les élucubrations intellectuelles de ce grand malade.
Je vous rappelle Monsieur Warlikowski que Parsifal a été élevé dans une forêt et qu’il ne mérite pas de découvrir l’amour dans un bordel début du 20ème siècle…enfin il mérite mieux que ces dessous en pilou dont vous l’affublez.
Pourquoi cette sainte Lance en bois pourri? Pourquoi cette boîte en plastique pour protéger le Graal? Votre travail est désespérant…j’ai essayé d’oublier ma déception en regardant ce DVD merveilleux…J’espère que vous entendrez longtemps les cris de colère du public parisien!


Anne-Sophie Mutter

 

Le Concerto pour violon et orchestre (op.61) de Beethoven a accompagné une grande partie de ma vie. Je l’ai découvert à 15 ans avec la sonate à Kreutzer…plus de 50 ans de vie commune.
Anne-Sophie Mutter (oubliez les critiques malveillantes de Renaud Machart), Seiji Ozawa et le Berliner Phiharmoniker ont fait éclater le plafond de Pleyel…toutes les étoiles du ciel étaient là, au-dessus de nous, et leur éclat n’avait rien à envier à notre bonheur. Car c’est vraîment un bonheur qui a su réchauffer nos coeurs.
J’ai même oublié le centenaire de Karajan, sa collaboration avec le Berliner Philharmoniker et sa découverte de celle que l’on appelle la “star du violon”.
Oui, j’ai pensé à Beethoven, à la création de l’oeuvre en 1806, aux critiques qui, déjà le traînaient dans la boue, à l’émotion du public. Mendelssohn, qui le dirige à Londres en 1844, permet à ce Concerto op.61 de trouver sa vraie place dans la musique classique.
Ce vendredi 25 janvier 2008, Anna-Sophie Mutter a montré qu’elle avait une âme en nous offrant le meilleur d’elle-même. Merci Monsieur Ozawa, merci à l’orchestre…vous nous avez ouvert les portes du ciel…

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Opéra Bastille

 

Personne ne sait résister aux soldes…encore des pantalons, des chemisiers, des sacs…pourquoi pas un Opéra? Cette “Femme sans ombre” c’est celle de 2002 dont je n’avais pas supporté la mise en scène de Robert Wilson…une mise en scène qui n’a pas pris une ride mais qui ne s’est pas réchauffée avec les années.
Les chanteurs, que je respecte, sont là pour passer le temps…le temps des soldes! et il nous a fallu attendre le troisième acte pour apprécier, enfin, la voix de Eva-Maria Westbrock dans le rôle de l’Impératrice. Le chef d’orchestre, qui a tout compris, a imposé aux siens un tel rythme qui, lui, au moins, a fait le bonheur du public! Je pense que le grand Richard Strauss a préféré assister à la première de Véronique au Châtelet. Le metteur en scène, Fanny Ardant, ne semble pas avoir travaillé avec M.Wilson…
En 2002, certains ont écrit que cette réalisation était le chef d’oeuvre de Robert Wilson…épurée? suggestive? d’une bouleversante efficacité? Mais ces gens-là n’ont jamais rien compris à l’opéra dans sa totalité. Pensons aux levers de rideaux d’antan (je n’ai que 70 ans!) avec des décors magiques, des lumières et des couleurs féériques, des costumes vrais…tout cela en accord parfait avec la musique et le livret. Non! cette mise en scène misérabiliste n’a rien à voir avec cet opéra humaniste, pacifiste, fraternel, illustrant les valeurs des Lumières…Un Opéra qui se voulait contre la guerre et la barbarie…un Opéra qui voulait glorifier la Civilisation.
Les personnages de Wilson sont figés, ternes, moroses…rien à voir -je le répète- avec la rencontre de l’Ombre et de la Lumière qui aurait du métamorphoser le 20ème siècle.
L’Opéra Bastille solde…mais Richard Strauss mérite bien mieux…