Oublions les mots…

le 30 juillet

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Ces deux photos, je les ai prises au vieux cimetière juif de Berlin…des arbres, des feuilles, des larmes et un silence lourd qui imprègne le souvenir. Les mots peuvent être oubliés.

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Paris se vide

Les jours et les nuits se confondent

Les lumières sur les routes vacillent

Chaque bruit s’isole

Paris se vide

Je me retrouve enfin sur les chemins

Des mots plein le cœur

J’ai dormi plus de jours que de nuits

Tout s’agite et l’herbe laisse un peu de place à la pluie

J’entends les cigales et mon chat fuit l’orage

Paris se vide

Les bruits de la ville m’agacent

Le vent redoute la tourmente

Paris est vide

Il faut que je rentre et que j’organise mes silences

Demain les ombres reprendront leur danse

Ainsi l’été s’ouvrent les déserts des lendemains.

J’écris un poème et j’ai comme l’impression d’avoir fait le vide, d’avoir tout oublié. Mais je sais qu’il n’en est rien et que mes ripostes s’organisent…l’affaire Bettencourt, l’assassinat d’une sorte de poète de l’humanitaire, les trottoirs de plus en plus souillés, les radars qui vous donnent envie de gagner une ile déserte, les grèves qui nous guettent et tout ce que me permet chaque matin de grogner et donc de ne pas trop perdre la tête !

Et voyez-vous même le soleil subit les caprices du temps…

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Pour Juliet

On me dit que les abeilles, qui cherchent protection, peuvent se loger sous nos paupières. Là, elles se détendent, organisent leur vie et peuvent même procréer…c’est alors, que les larmes qui contiennent le miel deviennent sucrées et laissent de petites traces sur nos joues.

Des abeilles…y avait-il des abeilles à Auschwitz ? Ai-je entendu leur bourdonnement, l’autre matin à Berlin, quand j’ai découvert ce cimetière de béton qu’on appelle le Mémorial de la Shoah ? Dans le camp de la mort les abeilles ont fui l’odeur de la chair brûlée. Aujourd’hui, à Berlin, elles ont fui l’ignominie…Du béton, rien que du béton transformé en blocs polis qui pourraient être des tombes. Il n’y a en a guère qu’une centaine…ce qui veut dire que, déjà, on évite de compter en millions. Les odeurs d’essence font oublier celles des crématoires. On ne peut en vouloir aux touristes et aux enfants qui marchent sur ces cubes inanimés. On ne peut en vouloir aux chiens berlinois qui ont appris à se soulager entre les allées mal entretenues…Je crois bien que j’en veux à tout le monde d’avoir oublié l’odeur des gaz, les cris de tous les miens tordus par la douleur et le désespoir…Méritaient-ils ces blocs de béton serrés les uns contre les autres, refusant l’ombre et la lumière mais aussi la prière ?

J’ai essayé de parler avec les miens, de m’approcher de leurs cœurs mais cette construction méprisante m’a même empêchée de pleurer. Le Mémorial de la Shoah ? Un Mémorial sans âme et qui semble vouloir ignorer son devoir de mémoire. Je ne voudrais pas raviver ma colère. Je suis allée à Berlin pour retrouver les traces de ces milliers de Juifs, plus allemands que tous leurs amis allemands, mais fêtant Chabbat, Pessah, jeunant et priant pour Kippour…des Juifs fiers de « leur pays » de culture et de tolérance, comme l’était mon père, cet apatride tellement français.

Ces Juifs-là, on les a broyés, affamés, assassinés…et on ose leur offrir ces quelques blocs de béton, sombres et silencieux, que fuient les fleurs et les abeilles.

Pourtant, là, sur place, j’ai entendu les plaintes de tous les miens,  j’ai parlé avec ma mère et enfin j’ai récité le Kaddish.

De retour à Paris, malgré l’heure tardive, j’ai allumé une bougie et j’ai retrouvé ton abeille, ma Juliet, celle qui s’est réfugiée sous ta paupière et t’offre son miel.

Oui, tes larmes sont sucrées car elles portent  notre vrai refus d’oublier.