La Fête des Voisins
le 31 mai
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La Fête des voisins existe depuis 10 ans et chaque année, quand je me promène dans nos cours, je pense à ce qui aurait pu se passer, si cette fête-là avait existé avant l’installation du nazisme. Je venais d’avoir 5 ans quand deux hommes, en costume de ville, sont venus arrêter mon père. De qui étaient-ils les voisins ? Des voisins tellement indifférents au départ de leurs voisins ? Il faut dire que la Préfecture de Police, qui se moquait des voisins, leur avait fourni la liste de tous ces étrangers juifs qui perturbait le sommeil de Hitler. Pourquoi donc alors protéger ses voisins ? J’aime bien cette fête qui sait réunir autour d’une table recouverte d’une nappe blanche, des gens tellement différents et qui, en général, s’ignorent. Quand le soleil daigne être présent, dans mon coin du 17ème, cette fête est réussie…on critique un peu notre bailleur, les gens qui font du bruit, ceux qui considèrent leur balcon comme un débarras, ceux qui salissent les sols mais on échange nos idées sur les vacances, les voitures, la coupe du monde, les salaires des PDG, les prix des fruits et légumes…On grogne mais on échange…une fête des voisins bien de chez nous ! Il est important qu’on puisse ainsi se sourire. J’aime regarder les hommes trinquer, les femmes surveiller leurs enfants et ces enfants se gaver de gâteaux délicieux. Pardonnez-moi de reparler de ce mois d’août 1941 qui m’a enlevé mon père. Si, en mai, il y avait eu au 59 de la rue de l’Aqueduc, dans le 10ème, une Fête des Voisins…les voisins auraient-ils protégé mon père et tous les autres Juifs, sans signe extérieur mais, qui parfois, allumaient des bougies le vendredi soir ? Il faut dire que nombreux ont été les voisins qui ont enfoncé les portes et emprunté quelques meubles, quelques tableaux, de la vaisselle et du linge sans oublier les denrées périssables. « Ils partent pour longtemps…Ouf ! et s’ils reviennent ils auront sûrement tout oublié… ». Cela a été le cas de ma grand’mère et de ma mère. Plus de mari, plus de père, plus de fils, de frère, d’oncles et de cousins…mais des voisins anxieux et parfois agressifs. Mais je sais qu’elles auraient aimé cette fête, d’ailleurs ma mère était à celle de mai 2OOO et elle avait préparé un gâteau au fromage pour tous les gens de son immeuble. Ma grand’mère aimait tout le monde. Elle disait que la France était un pays de respect, pas de pogrom. Et quand je voulais parler des voisins qui avaient vidé son appartement pendant sa trop longue absence, elle souriait. « Il faut partager le pain et la vodka avec les Bons et sourire aux Méchants ». En yiddish, c’est plus facile à dire… Vendredi soir, dans les cours de mon quartier, j’ai goûté des accras délicieux, des tartes au fromage, des gâteaux au chocolat…j’ai serré des dizaines de mains, de toutes les couleurs et de toutes les tailles et je suis rentrée en pensant à ma baba polonaise, qui ne savait ni lire ni écrire, mais qui chantait la Marseillaise, un peu adaptée en yiddish, mais la main sur son cœur devenu français.
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