Fêtons ses 100 ans!

le 28 octobre

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Mon père est né en 1909 dans un village roumain. Mon grand-père et son frère, nés à Kiev, ont fui la Russie dès 1905, le Tsar ayant décidé d’enrôler les Juifs, grands et beaux, dans l’armée toujours en guerre contre le Japon. L’un fuit par le Nord…l’autre choisit le Sud…ils décident de se retrouver dans le quartier juif de Paris. Leur vœu se réalisera en 1910…l’un s’appelle « PEKER », l’autre « NIPOMNITCH”…c’est là une longue histoire qu’il faut que je vous raconte un jour.

Pour les deux fuyards la marche a été longue, souvent douloureuse mais chacun a trouvé une femme qui a accepté de le suivre. Ma grand’mère vivait en Autriche-Hongrie mais elle suit son époux et  accouche en Roumanie. Ce qui explique que mon père est resté « apatride » jusqu’à sa mort, en 1942, à Auschwitz.

Ce juif apatride et tellement français qui aimait les beaux costumes, le bon vin, les bijoux et les bagages en cuir a été arrêté en août 1941, chez lui, en fin de matinée, par deux civils français dont je n’ai jamais oublié les visages. Il a rempli sa valise « Lancel » en cuir fauve… « Ne prenez que l’indispensable »…Il a embrassé sa femme et sa petite fille. Il ne les reverra jamais. Il aimait la France plus que tout et, surtout il ne croyait pas à la guerre. Comment aurait-il pu organiser sa fuite ? Je l’ai retrouvé lors de mon premier voyage à Auschwitz. Parmi des milliers de valises, j’ai cru voir la sienne et depuis, chaque jour, je pense à lui, à nous.

2009, il aurait eu 100 ans. Mais il est mort à 33 ans…dans le wagon n°12 qui le convoyait vers ce camp dit « de travail » ? En arrivant ? Désigné comme trop faible pour travailler, donc orienté vers les fours ? Je ne veux pas savoir, mais  je sais qu’il aurait été un beau vieillard élégant et souriant. Il aimait tellement la France et tout, ce que chaque jour, elle lui donnait. Il aimait rire, chanter et sur son violon jouer les airs yiddish qu’il n’avait pas oubliés.

Mon père…ma victime à moi et ma raison de maudire chaque jour ceux qui ont permis ces massacres. 1941, l’année de tous les crimes…mon grand-père fusillé au Mont Valérien, mon oncle mort sous la torture à Beaune-la-Rolande…

Mon père aurait eu 100 ans. Chaque jour je pense à la Shoah car, de toute façon, nous n’avons pas le droit d’oublier.

 

 

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Le lundi 5 octobre 2009, sous les lumières de Covent Garden, j’ai vu Richard Wagner. Pendant 240 minutes son regard n’a pas quitté ce « Tristan et Isolde » sans maquillage superflu, sans costume de comédie musicale, sans mise en scène de cirque…des minutes imprégnées de romantisme, certes, mais bien plus encore de spiritualité…l’Amour et la Mort, sans artifice et, qui, à chaque seconde, vous bouleversent.Je ne connais pas Christof Loy, le metteur en scène, mais je le devine méticuleux, attentif et ô combien respectueux de l’œuvre wagnérienne. Pendant les trois actes nous nous associons à la passion du musicien…et cette passion-là nous la retrouvons chez le chef, Antonio Pappano, chez chaque musicien de l’orchestre, chez tous les chanteurs…et je pense même que le plus humble des techniciens n’a pu rester indifférent.

Dès le prélude, nous nous associons aux amants…nous partageons leur détresse, leur douleur, leur désir. Le souffle de Wagner est là et déjà, il organise la Mort.

Au fond de la scène un rideau s’ouvre…se ferme…offrant à notre regard un dîner. Des hommes en tenue de soirée parlent, boivent…égoïstes et indifférents aux deux amants isolés dans leur passion. La musique atteint le Divin et fait voler en éclats notre indifférence. Nous sommes bien plus que de simples spectateurs…nous partageons l’amour des deux amants et nous retrouvons, enfin, ce Wagner nihiliste, et même illusionniste. Un Wagner qui pourtant craint Dieu, recherche l’irrationnel et la Vérité…et crie « Vive la Mort » tout en respectant la Vie.

Ce « Tristan et Isolde » m’a dépassée. Je me suis retrouvée en moi-même, un peu isolée, mais ivre d’amour et de beauté…entre le rêve et l’hypnose.

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Samedi 17 octobre un peu après 18H. et à quelques kilomètres de Lille, un homme s’est jeté sous le TGV…pendant plus de trois heures 300 passagers ont partagé leur dépit mais aussi leurs journaux, leur coca, quelques friandises et vers 21H30 le plateau repas offert par la SNCF…la technique vaincue par un refus de vivre…De cet homme, on ne nous a rien dit, aussi après avoir grogné contre notre retard de quatre heures, je repense à lui et je lui offre un poème et quelques fleurs…

 

Suspendu sur un rayon de soleil

Un inconnu s’est jeté contre le train

Quelques secondes, un grand calme  

La mort déjà est installée

Nos regards se sont tournés vers le paysage arrêté

Un homme a choisi la mort

Son corps est là, incrusté sur les rails…

Ligne rouge du soir

Les voyageurs halètent, tendus, anxieux…qui est ce mort inconnu ?

Le temps s’est arrêté et les minutes sont des heures

Nos cœurs semblent plus lents  

Nous guettons tout mouvement vers la ville

Un homme a refusé de vivre…ses cris se sont perdus dans la brume

Aujourd’hui je pense à cet homme qui ne pouvait plus parler

Son sang sur les feuilles donnera une couleur à l’automne

Nous avons attendu longtemps

Aujourd’hui je pense à cet homme qui ne savait plus aimer.

 

tomatometrobius

et plus de 450 commentaires qui ont fait ma joie…car j’éprouve un tel besoin d’écrire que je devrais publier un billet chaque jour, comme n’importe quel éditorialiste salarié. J’ai  beaucoup écrit, pour moi, pour quelques êtres chers, pour mon métier et pour mes clients, pour promouvoir mes idées politiques, pour défendre la Médecine Homéopathique et faire connaître son créateur, Samuel Hahnemann…Combien de lettres, de cartes postales, de « mails », d’ordonnances, de conférences…je ne me souviens plus, mais il reste cet impératif besoin d’écrire qui me prend au ventre et gagne sournoisement ma tête et mes mains. Mais je ne suis pas un écrivain et c’est bien là mon plus grand regret.

Alors depuis trois ans il y a ce blog et tous ces lecteurs, de plus en plus nombreux, et qui me donnent envie d’aller plus loin. Le Journal que je n’ai pas eu le temps d’écrire est dans ma tête depuis longtemps. Je sais que ma guerre ne ressemble pas à celle des autres et que ma grand’mère, venue de Pologne et, qui ne savait ni lire, ni écrire, aurait aimé que j’honore la mémoire de son mari fusillé le 15 décembre 1941 et celle de son fils Jacques Feldman, mort sous la torture. 300 billets…c’est comme un journal mais aux bons soins de l’informatique.

Mes crayons me regardent et quelques feuilles blanches semblent attendre mon contact…comme j’aime écrire. Je devrais même avouer qu’ « écrire m’est indispensable ».

Je vibre avec ce monde qui m’entoure et les mots sont ma seule façon de participer à la lutte pour le respect  de l’Autre…les mots sont ma mémoire, mes colères, mes joies, mes déceptions…N’est-ce pas  avec des mots que l’on construit l’Amour ?

Et si, fêtant ce troisième anniversaire, je partais enfin à la recherche de ces milliers de mots qui m’ont permis de vous écrire presque 300 billets…pour construire enfin mon premier vrai livre…je n’aurais pas perdu mon temps !

 

Un chat peut fixer pendant des heures quelques tomates…rien à voir avec tous ces écrivains qui chaque jour, avouent affronter une page blanche ! J’aime les chats, les tomates et les écrivains…Metrobius, ma vedette, a été photographié par sa compagne Anne-Elisabeth Moutet…Bravo pour tous les deux!.

 

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Fermez les yeux…respirez doucement…vous êtes dans la boutique de mon ami Thierry Masson à La Rochelle…le « Paradis des senteurs ».

Thierry est amoureux de tout ce qui peut apporter la joie : les animaux, la musique, la peinture, la bonne cuisine, le vrai café…et aujourd’hui, devant son “orgue à parfums”, dans une petite rue agitée de La Rochelle…il est devenu un vrai créateur d’émotions.

Dans sa caverne enchantée vous aimerez tout…les savons, les pierres magiques, les produits pour le bain, pour le corps, pour les cheveux, les bâtons d’encens…et mille parfums…surtout celui qu’il va créer pour vous.

Thierry est heureux, mais il a besoin de vous rendre heureux. Il a su composer un « site internet » qui ressemble à sa boutique et sur lequel on peut tout choisir. Avec un peu d’imagination, je dirais même qu’on a l’impression que les odeurs franchissent l’écran. C’est peut-être le meilleur moyen d’oublier les ragots, la haine, les travaux qui encombrent nos villes, les prix qui se  déchaînent, la grippe de demain, les animaux qu’on abandonne…et la crise qui n’en finit pas.

Les fêtes approchent. Il faut savoir se faire plaisir et faire plaisir à tous ceux que l’on aime. Thierry peut vous aider. Appelez-le de ma part…vous partagerez sa joie.

 

www.thierrymasson.com

 

SI T’ M,  - 16 rue Bletterie – 17000 – La Rochelle

 

NOS disparus…

le 11 octobre

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Quand tu sauves un Juif Dieu te remercie et considère que tu as sauvé tout le peuple juif. Mais qu’a dit Dieu lorsqu’il a appris qu’on avait massacré six millions d’hommes, de femmes et d’enfants tous marqués d’une étoile jaune à cinq branches ? Je cherche depuis plus de 50 ans mais je n’ai jamais réussi à lui écrire pour lui poser cette question. Aussi, quand je constate que d’autres le font pour moi, je m’efforce de les en féliciter.

« Les Disparus » de David Mendelsohn sont les miens, ceux des survivants du monde entier. J’aime ce livre qui n’en finit pas, qui parfois agace mais qui nous oblige à penser à notre reconstruction tout autant qu’à notre destruction.

Tous ces livres sont autant de cris dans ma tête. Je suis une « survivante » qui ne sait pas oublier et la recherche méticuleuse de David Mendelsohn me trouble. Nous partageons nos disparus et pour les années à venir ce travail de recherche est indispensable. Ses proches, ceux qui ont survécu, lui ont parlé de leurs villages, de leurs amis, de leurs maisons…Il a voulu retrouver tout cela, replacer les morts là où devraient encore chanter nos vivants…

Ce livre n’est pas encore terminé. Il y aura  six millions de pages…une pour chacun des nôtres. Nous devons tout reconstruire, là où nous sommes, dans la joie et en respectant nos origines. Nous n’avons pas le droit d’oublier. Personne n’a le droit d’oublier et « penser chaque jour à la Shoah » est peut-être la meilleure façon d’en parler avec Dieu.

 

David Mendelsohn

« Les Disparus »

 

 


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Oui, il y a encore des gens qui avouent que, chaque jour, ils pensent à la Shoah…Ainsi sont honorés nos six millions de morts. Parmi ces gens-là il y a ceux qui écrivent  et qui obligent leurs lecteurs à remonter le temps sans jamais retenir leurs larmes. Je les lis presque tous et je ressens comme un devoir de vous les faire connaître.

 

Catherine Mavrikakis

« Le ciel de Bay City » - Sabine Wespieser Ed.

 

La Shoah est une malédiction. Tous ceux qui en ont souffert, à quelque titre que ce soit, gardent au fond d’eux-mêmes une obsession sourde, douloureuse, épuisante, toxique. L’histoire est obsédante car les cendres des nôtres recouvrent chaque instant de notre présent. Le livre de Catherine Mavrikakis est un retour vers notre histoire…une histoire qui est la sienne et à laquelle nous participons. Un livre indispensable.

 

Yannick Haenel

« Jan Karski » - Infini Gallimard

 

Un voyage en eaux troubles? Une longue marche douloureuse? Un coup de tonnerre qui illumine des moments cachés et volontairement oubliés ! Et c’est là le mérite de cet ouvrage qu’il faut lire.

La haine de ma grand’mère pour sa Pologne natale a accompagné ma vie : son shtetl imprégné d’une misère sordide, les pogroms, l’antisémitisme…Yannick Haenel ne remet rien en question mais je sais qu’un Polonais a voulu sauver les Juifs, tous les Juifs entassés dans des camps…et que personne ne l’a écouté. Je pense que ces « sourds-là » auraient bien mérité d’être montrés du doigt et condamnés par une Cour Internationale. Mais les morts ne condamnent pas.

Si ce livre-là, permet à vos lecteurs de retourner vers Claude (et non Jacques,le frère…) Lanzman, vers Marceline Loridan-Ivens, vers Robert Antelme et vers tous ceux qui ont passé leur vie à vouloir dire la Vérité, alors cher Yannick votre livre aura atteint son but et nous devrons vous dire : « Merci ». 

 

David Mendelsohn

« Les Disparus » - J’ai lu – N° 8861

 

On a volé la vie de tous les nôtres. Chacun doit s’exprimer…de ce livre-là je dois vous parler plus longuement.
 

 

 

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50 ans…le triomphe de l’amitié, certes, mais aussi la réussite d’une promotion dont chacun a su prouver qu’il avait bien choisi son orientation…

Octobre 1959, nous étions tout juste 100…95 garçons et 5 filles! venus de tous les coins de France, de tous les milieux, mais qui en avaient “bavé” pour réussir ce concours d’entrée pas du tout facile. Yves, Jean-Marie, Guy, Armand mais aussi Françoise, Cécile, Marianne…tous tellement présents dans notre mémoire.

Nous nous sommes séparés en juin 1963…les uns ont choisi la clientèle ou la recherche, les autres ont préféré l’industrie ou l’enseignement. En octobre 1973, à Tours, nous nous sommes retrouvés autour d’une table…la réussite au poing et souvent l’envie de se raconter. Puis il y a eu les 20 ans…les 25…les 30 et nous avons estimé qu’il serait bien de se retrouver plus souvent…avec un peu plus de cheveux blancs, un peu plus de ventre, une démarche souvent difficile…Aujourd’hui, peu d’entre nous peuvent oublier leurs anticoagulants! Qu’importe, chaque rencontre est un bonheur et plus personne n’en veut aux absents. Etre là, tous ensemble, nous réjouit. Nous devons à Jean-Louis Guénet le choix de Royan et tout était parfait…l’hôtel, les promenades, la gastronomie…Les uns parlent d’hier, les autres d’aujourd’hui…demain nous semble moins important, mais tous nous sommes heureux d’être là, ensemble comme il y a 50 ans.

J’aurais aimé que les jeunes, qui vont se retrouver sur les bancs de nos amphis, nous rencontrent et constatent que nous leur avons ouvert les chemins d’un métier pas tout à fait comme les autres…un métier qui fait encore rêver les enfants, mais surtout un métier dont nous avons toujours été très fiers. Il y a 50 ans…on a cru que l’on pouvait changer le monde. En fait, nous n’avons rien changé  mais nos rencontres nous ont permis d’ignorer les méfaits du temps.

Dans deux ans, nous nous retrouverons à Gérardmer, près d’Armand et de Françoise Gaillot…et comme on dit que les projets permettent de rester jeune,   personne n’est inquiet.

Nous avons pris des photos de notre groupe…je vous montrerai la meilleure, car c’est bien de partager ses joies.