“Into the wild”

le 29 juillet


“Into the wild”
Un film de Sean Penn? certes, mais surtout une sorte de poème d’un autre siècle…le Moyen-Age peut-être…un poème utopiste qui frappe là où ça fait mal…l’indifférence!
Chris, un jeune diplômé de 22 ans quitte tout pour une randonnée sans fin…Moi, souvent je choisis un petit séjour sur Mars quand la Terre et ses habitants me déçoivent…
Chris est un idéaliste mais comme cette passion juvénile parvient à émouvoir nos coeurs meurtris. Comme cette passion se heurte à ce pouvoir d’inertie qui nous domine.
Il y a un demi-siècle je n’ai pas eu ce courage. J’ai choisi la politique, les grandes écoles, les diplômes, les gros salaires, les responsabilités…J’ai parfois confié à des poèmes mes cicatrices intérieures…mais la poèsie n’intéresse pas notre monde de brutes!
Ce garçon qui marche seul sur les routes, qui aime les animaux, les arbres, les orages… est un peu chacun d’entre nous…Ne le suivez pas mais faîtes-lui une petite place dans votre coeur.
Nicolas Cagnart m’a obligée à voir ce film…nous empruntons la même route…
 

“Derniers verres”

le 26 juillet


“Derniers verres”

“Derniers verres”
Andrew McGahan

Actes Sud “noirs”
438p. - 23,80 E.
Babel noir
640p. - 10,50 E.

Ceux qui ont lu “Terres noires, terres blanches” de McGahan…conseillé par Maïté, ne l’ont pas regretté.
Dans la foulée, j’ai découvert “Derniers verres” et je pense que ce livre mérite toute notre attention, même s’il nous laisse une sensation de malaise.
Tout ce qui peut nous gêner est présent dans les 438 pages de ce grand, très grand roman australien qui n’est pas seulement un “polar” : les magouilles politiques, la prohibition, les cuites, les besoins impérieux d’alcool, la prostitution, l’amitié, la lâcheté et toutes les faiblesses humaines…
L’intrigue est prenante mais c’est plus le cheminement psychologique du personnage principal, George, qui nous tient en haleine.
Le poids du passé est présent sur chaque page mais, nous connaissons tous, et tellement bien, cette société hypocrite dont parle McGahan…même si l’action se situe dans le Queensland australien…au bout du monde.
“Derniers verres” est un très grand roman et pas seulement un roman noir…A lire!

Monsieur Hokusai

le 22 juillet


Hokusai
Monsieur Hokusai, j’ai passé avec vous, au Musée Guimet, un moment merveilleux. J’aime votre peinture. Je voudrais vous dire plus, beaucoup plus…aussi je vous offre un poème de Natsume Soseki…et plus tard, nous trouverons le temps de traverser ensemble ce pont, tout en parlant de ce qui nous a fait vivre…

Méditation

Une fois la porte passée, je suis assailli de nombreuses pensées.
Sur mon vêtement, souffle le vent du printemps.
Les herbes parfumées embaument les ornières.
La voie déserte va vers une éternité brumeuse.
Appuyé sur mon bâton, je regarde alentour :
La nature a revêtu son manteau de gloire.
J’entends le chant du rossignol
Et vois choir comme neige les pétales de fleur.
La voie conduit à une solitude.
Sur la porte d’un vieux temple, je compose mon poème
Et mes pensées s’élèvent jusqu’aux nuages floconneux…
De ses ailes, une oie solitaire mesure le firmament.
Une paisible tristesse s’insinue en mon coeur
Mais, en odeur de poésie, j’oublie et le Bien et le Mal.
Déjà trente ans, je me sens vieux.
Le soleil s’attarde encore…
Satisfaite, mon âme musarde
Et, à loisir, je regarde tomber, tomber les fleurs…

“Le Bâtisseur”

le 21 juillet


Le Bâtisseur
Je lis, je relis…mais c’est vraiment à mon amie Maïté que je dois mes plus grands moments de bonheur…ceux que, grâce à mon blog, je peux vous transmettre.
Maïté est une libraire qui lit, qui choisit les livres qu’elle veut vendre…et elle m’avertit  … “attention chef d’oeuvre”…
Je n’avais jamais entendu parler de Thierry Vila. “Le Bâtisseur” est sorti en mai 2008, je l’ai lu d’une traite en juin.
C’est bien plus qu’une biographie romancée de l’architecte Francesco Borromini. C’est le parcours iniatique d’un homme qui ne comprend pas son époque. Il souhaite se rapprocher de Dieu mais tous les écrits hérétiques le passionnent, comme le passionnent les Sciences, les Mathématiques, l’Astrologie…là, où il devine le pouvoir de ce qu’il construit avec des pierres et avec son âme.
La réussite de son rival, Bernini, le tourmente et diminue son pouvoir de créativité. Est-ce la raison de son suicide camouflé?
On a dit que le style de Thierry Vila est un peu vieillot. C’est faux car il écrit d’une telle façon que nous sommes totalement immergés dans l’époque. Vila écrit bien, aussi bien que son héros qui caresse les pierres à mains nues…En terminant ce livre, j’ai eu envie de me précipiter à Rome et de m’installer devant l’Eglise Saint-Charles-des-Quatre Fontaines afin d’y retrouver ce prodigieux inventeur de formes.

Thierry VILA
“Le Bâtisseur” - Editions Verticales - 21E.


Madeleine Chapsal à l’honneur
14 juillet 2008…Madeleine Chapsal est Officier de la Légion d’Honneur…tous ceux qui l’aiment ont envie de crier leur joie…et moi, plus que tout le monde. Mais, il faut que vous sachiez que Madeleine est mon amie depuis 1973.
En septembre 2004, le Ministre de la Culture, Renaud Donnadieu de Vabres lui remet la médaille de Commandeur dans l’Ordre des Arts et Lettres…toute une carrière récompensée. Nous savions tous que Madeleine était une femme de passion…mais comme cela était bon de l’entendre dire par un Ministre de la République.
En 1973, Madeleine dirige à l’Express la chronique :”Madame Express”. Je soigne son chat et elle annonce à tous ses lecteurs qu’une vétérinaire spécialiste des Médecines Naturelles vient de s’installer à Paris…une merveilleuse amitié se construit.
Nous avons beaucoup partagé…des joies, des peines, des succès…aussi, le 13 octobre 2005, Madeleine me remet la médaille de Chevalier de l’Ordre du Mérite devant mes amis. Elle a écrit un texte magnifique que je conserve précieusement.
Madeleine est une femme d’honneur. Elle aime les siens comme elle aime la Vérité. Cest une très grande journaliste, indépendante et intègre. C’est un très grand écrivain qui respecte tous ses lecteurs…et trop discrètement, c’est aussi un grand peintre.
Elle aime les animaux (et je pense à Mambo, à Lola, à Léon et à “L’Ami Chien” dans lequel on me retrouve un peu partout), mais elle aime aussi les fleurs, las arbres, les pierres, les rivières, le bon vin de Bordeaux, les chapeaux…Madeleine? c’est une femme d’Amour…mais ce titre d’Officier lui ira très bien…et je pense que tous ceux qui l’aiment sont aussi à l’honneur!

14 juillet 2008…un moineau chante la Paix

Un moineau, sur les Champs, crie son bonheur…Merci Monsieur le Président. Vous nous avez donné le sourire de la Paix…aussi je vous offre ce conte taoïste susceptible de remplacer bien des discours.

Allumer une bougie

Le vieux prince, seigneur de la guerre au temps des Royaumes combattants,dit un jour au vieillard aveugle qui officiait à sa cour comme maître de musique :
- J’aurais beaucoup aimé lire les paroles des anciens sages mais les affaires de l’Etat et les champs de bataille m’en ont empêché. Aujourd’hui, à soixante-dix ans passés, n’est-ce pas trop tard pour commencer?
- Quand il fait nuit, répondit le musicien, j’allume une bougie.
Le prince s’étonna de cette réponse dans la bouche d’un aveugle. Il s’emporta :
- Je vous ouvre mon coeur et vous me répondez par une plaisanterie!
Impassible, le maître de musique reprit :
- Quand on peut étudier dans sa jeunesse, c’est le soleil de midi. A l’âge mûr, la lumière du crépuscule. Et dans la vieillesse, comme disent les anciens sages, mieux vaut allumer une bougie que maudire l’obscurité! “Contes des sages taoïstes”
Pascal Fauliot
- Seuil

La photographie de ce moineau parisien heureux a été prise par Ghislaine Binès.

Le chemin de la Foi

le 14 juillet


le chemin de la foi
Pourquoi avoir acheté ce DVD? Pourquoi le regarder ce soir-là? Pourquoi avoir oublié pendant deux heures tout ce qui est autour de moi? Pourquoi y penser sans cesse et avoir un tel besoin d’en parler?
“L’île” de Pavel Lounguine est un voyage au plus profond de l’âme russe comme a su l’être le “Roublev” de Tarkovski. Dieu est là, si proche…on peut enfin lui parler et emprunter le Chemin de la Foi.
Ce film, qui raconte l’histoire du Père Anatoli, un ancien marin en quête de rédemption, pour avoir tué un homme, nous permet de comprendre la spiritualité orthodoxe.
Oui, dans ce film tout est grâce et pourtant on y affronte la croyance, l’orgueil et l’humilité, le sens même de la vie, l’absence et la présence de Dieu.
Ce monastère du nord de la Russie soviétique est-il notre purgatoire à tous? Le Père Anatoli est-il la face cachée de chacun d’entre nous? Il sème la discorde mais il nous conduit sur le chemin caillouteux de la Foi. Il est aussi un exorciste qui guérit les fous, mais ce qui est important, c’est qu’il nous ouvre les portes de la réflexion.
Ce n’est pas tous les jours que, pendant deux heures, on échappe à la bêtise et à la médiocrité. Ce n’est pas tous les jours que, pendant deux heures, on peut communiquer avec la Nature et avec le Divin.
Votre film est magnifique Monsieur Lounguine et je souhaite que tous ceux que j’aime le regardent.

Le bambou

le 11 juillet


Le moustique
Un empereur de Chine de la lignée des Han, désirait s’initier au tch’an. Il fit appeler à sa cour un maître reconnu pour sa grande sagesse et l’interrogea ainsi :
“Combien de temps sera nécessaire pour que tu m’enseignes la Voie et fasses de moi un grand sage?
- Sire, fit prudemment le maître de tch’an, la sagesse est semblable à une plante, il lui faut le temps de pousser.”
L’empereur médita cette réponse tout un jour. Le lendemain, il ordonna que se présentent devant lui les plus grands savants de Chine :
” Quelle est la plante qui pousse le plus rapidement? leur demanda-t-il.
- Le bambou, Sire !”
L’empereur ordonna qu’on le transporte dans une bambouseraie au fond de son parc. Il fit planter une pousse de bambou dans la terre fraîche, et, bien installé dans son palanquin, il s’apprêta à voir croître et embellir un jeune bambou. Les heures passèrent. L’empereur, qui s’ennuyait, s’endormit pendant la chaleur du jour. Vers le soir, une mouche, qui se posa insolemment sur son visage, l’éveilla. Il fit mesurer le jeune bambou. Il n’avait pas grandi d’un centimètre.
Alors l’empereur renonça à la sagesse, qui est trop lente à pousser dans le coeur des hommes.

Un très bon sujet de réflexion pour une Fête Nationale…

Henri Brunel
Le moustique - 70 histoires zen pour rire et sourire” - Librio Spiritualité


des livres qui aident à oublier…

“Pendant qu’il te regarde tu es la Vierge Marie”
Gudrun Eva Minerdottir - Zulma

Dans les restaurants couronnés on parle de “menu dégustation”…un échantillon de chaque plat…juste pour goûter…juste pour garder l’envie d’y retourner…Ainsi est le livre de Gudrun Eva Minerdottir…de courtes nouvelles toutes imprégnées d’un goût de folie.
On trouve là des mystères policiers, des histoires de femmes seules, des rencontres, des joies et des larmes, des rêves, des moments de vie…tout est tellement goûteux!
On voudrait que cela ne s’arrête jamais…

“Dans les veines ce fleuve d’argent”
Dario Franceschini - L’Arpenteur

J’ai simplement envie de vous dire : “vous devez lire ce court roman”. C’est un roman fort, poétique, silencieux, qui semble n’avoir pas sa place dans la littérature d’aujourd’hui…un roman qui nous rend meilleur et que doivent lire tous ceux qui atteignent l’automne de leur vie.
Les mots sentent bon l’eau des rivières, l’ombre des forêts, les fleurs des montagnes, le pain frais et le fromage de chèvre, le vin…l’amitié. Tout y est réaliste mais magique. Tout y est loyal et généreux. Tout y est vrai…“Le Cantique de l’apocalypse joyeuse”
Arto Paasilinna - Denoël

Un Paasilinna du 21ème siècle…qui avance avec des bottes de sept lieues vers la fin de notre monde. Le chaos s’installe, inexorablement. Le pétrole manque, les villes croulent sous les déchets, les centrales nucléaires explosent…mais là-bas dans l’Est de la Finlande existe un havre de paix…Ce livre c’est le rire d’un auteur que nous aimons depuis ses débuts…un rire qui nous garde l’envie de vivre…


Albert Cossery
C’est ce que disait Albert Cossery, quelques mois avant de quitter définitivement sa petite chambre d’hôtel de la rue de Seine. Dans cette chambre il a écrit huit romans ironiques, grinçants, dépouillés mais ô combien sincères et avec une grande portée philosophique. Albert Cossery mêle le rire aux larmes et affiche son mépris de notre société.
Son écriture est limpide, ciselée et chaque mot est à sa bonne place. Ceux qui l’aiment, comme moi depuis tant d’années, n’ont jamais été déçus. Il faut remercier Joëlle Losfeld qui le réédite depuis 1991…sachant très bien qu’elle ne fera là pas un “coup médiatique”.
Le départ d’Albert Cossery me rend triste, car cet homme faisait vraiment partie de ma vie littéraire et j’avais toujours envie d’en parler…parler de ce dandy-révolutionnaire qui savait bouter dehors les pédants et les hypocrites.
Oui, Monsieur Cossery j’aurais dû vous dire mon admiration…m’installer près de vous au Flore pour boire un café, admirer votre sourire…mais je n’ai pas osé. Vous partez le premier mais je pense que nous nous retrouverons…et qu’ensemble nous nous moquerons des gens d’en-bas.
Soyez heureux Monsieur Cossery et merci d’avoir dénoncé la violence, la bêtise, la passion du pouvoir et de l’argent…merci de nous avoir permis d’en rire.

Prenez le temps de relire Cossery. Pourquoi pas ses oeuvres complètes en deux volumes?