Mastère d’analyse financière
Samedi 26 avril 2008…Ecole Supérieure de Commerce de Lille…Il est 9h30…des étudiants s’agitent et essaient de revêtir toge noire et coiffe…comme dans les plus grandes universités américaines…Le ruban rouge, au-dessus de leur tête, témoigne de leur angoisse.
Très émus, nous entrons dans le grand amphithéâtre…les parents et les amis en haut… les étudiants de toutes les promotions en bas…et le silence s’installe.
Karine Guerreiro, notre Karine, major de sa promotion, reçoit la première son “Mastère d’Analyse Financière Internationale”…le petit ruban rouge change de côté…elle est diplômée!… un classeur noir avec son diplôme blanc qui dégagent un parfum de bonheur et un tel soulagement…Les larmes ne sont pas loin mais Karine reprend des couleurs et son sourire réchauffe nos coeurs.
Bella et Martin, ses parents, Pedro, son futur mari et moi, l’amie de toujours, applaudissons et pensons à toutes ces heures de travail qui ont conduit à ce succès international.
BRAVO, Karine…le monde des Banques attend tes compétences. Nous, nous avons inscrit cette journée de bonheur dans notre mémoire…

Nicolas Sarkozy

 

“Et le petit titan renouvelle, infatigable, son exploit herculéen. Il est dans la nature de l’homme d’attaquer. L’offensive : voilà la stratégie de la culture humaine. L’homme s’attaque aux marais et aux étendues océanes, aux glaces, aux maladies, aux forêts, aux terres éternellement gelées…l’homme s’est lancé à l’assaut du ciel…le petit titan aime la pierre morte…”
Je suis entrain de lire “la Paix soit avec vous” de Vassili Grossman (l’auteur maudit de “Vie et destin”) et ces quelques lignes m’ont fait penser à Nicolas Sarkozy et à sa prestation d’hier au soir…90 minutes pour convaincre et pour nous dire que personne ne doit quitter un bateau qui coule…Nous avons entendu un VRAI président…Qu’importe que nous l’aimions ou pas, que nous ayions voté pour lui ou non…ce qui compte c’est que nous avons entendu un homme qui aime NOTRE pays, un homme qui travaille pour que ce pays retrouve sa vraie place dans le monde, un homme qui n’a pas peur des mots.
Alors, cessons de douter, de critiquer, de rire ou même de sourire, de dire des vacheries ou des âneries, de crier “au loup”…Cet homme-là est le Président de notre République, alors faisons-lui confiance, aidons-le et respectons-le…Il sera toujours temps dans quatre ans de lui faire des reproches.


Christiane ROCHEFORT

“Ce qui me manque c’est un autre monde.
Cette pauvre planète quand j’y pense.
Ce joyau.
Ce qu’on en a fait, ça me brise le coeur. Je ne le dirai jamais assez.
Et ce sera encore pire quand elle ne m’aura plus.”

 

Dix ans que Christiane est morte, et je ne m’en console pas.
Dix ans d’absence, d’éclipse, c’est trop long.
Son dernier livre, “Conversation sans parole” commence par ces mots terribles :”Je vais te faire un aveu, ma mère me manque.” Eh bien, on en est tous là, même si on en a que moindrement conscience…Par les temps qui courent, Christiane nous manque.
Moi, je l’aimais d’amour, Christiane.
Son sourire de voyou quand elle vous balançait une vacherie. Ah ça, on en aura bouffé des langoustes pour faire passer la pilule, l’âge, les maladies, la douleur…
En plus d’un très grand écrivain, c’était un sacré combattant. Pour ses idées. Parce qu’elle s’était donné la peine d’avoir des idées et de les organiser. Et elle s’est battue pour ses idées avec les armes qu’elle a fourbi toute sa vie, le Roman.
Auteur d’une oeuvre véritable, d’un univers romanesque complet. Au point que même amies comme nous fûmes, il était difficile de parler d’autre chose que de ses livres ou de littérature.
Dans l’oeuvre complète d’un grand écrivain, il y a toujours un livre phare, un livre qui les résume tous. Un livre somme. Celui que Rochefort publie en 1988 est le plus rochefortien de tous. Il dit dans une langue incroyablement écrite la terrifiante oppression de l’enfance assassinée. Dernier combat d’un écrivain, qui n’a sans doute jamais combattu pour autre chose, que, mettre un terme à l’assassinat des enfances de toutes les manières possibles. “La porte du fond” résume l’oeuvre et la contient toute.

Sophie Chauveau

Christiane Rochefort est née à Paris en 1917. Elle est partie le 24 avril 1998, dans un petit village du Var. Relisez ses livres…ils sont tellement d’actualité.
J’ai soigné ses chats mais c’est Sophie qui me l’a présentée…je leur devais bien cette présence sur mon blog.

 


Henry Bauchau

Henry Bauchau est un homme à facettes et tout nouvel ouvrage me surprend.
C’est un grand écrivain, un homme qui a écrit pour le théâtre, qui a écrit des centaines de poèmes, un dessinateur de talent.
“L’atelier spirituel” nous permet de mieux le deviner, de le comprendre un tout petit peu plus…de l’aimer plus ouvertement encore.
Là, il est vraiment à l’écoute du mot, du trait, de la couleur, de la Vérité…
Je viens de découvrir que l’oeuvre d’Henry Bauchau est présente à l’Université Catholique de Louvain et je compte bien m’y rendre un jour prochain. L’écrivain a fait cadeau de ses manuscrits, de ses peintures, de ses sculptures, de ses dessins…à cette université qui lui a toujours fait confiance.

“On n’invente pas les personnages, ils existent dans l’inconscient, il faut les laisser sortir”.


Pessah

Ce soir, pour tous les Juifs du monde, c’est la fête de Pessah, Pâque qui annonce la liberté sur la Terre…quel que soit notre morceau de terre, pourvu que nous l’aimions…
Moi, je suis née dans une rue de la commune des Lilas où tous les miens avaient trouvé refuge dès 1910. Ils étaient sortis, non pas d’Egypte, mais d’une Pologne antisémite avec le besoin d’être libres. Aussi, avons-nous toujours fêté Pessah, avant, comme après la guerre…et moi, aujourd’hui, je continue la tradition avec ceux que j’aime.
Oui, Shlomo, tu as raison, Pessah, c’est bien la fête de la Liberté, la marche vers la Terre promise, l’amour, le respect de la famille, un coin de ciel bleu… Et alors que nous apprenons, que toutes les quinze minutes un être humain meurt de faim, nous devons chasser cette indifférence qui mine notre siècle.
Les Juifs ont été libérés du joug pharaonique et pendant une semaine nous respecterons les commandements imposés par Dieu… Ce soir…dressez la table du Seder…que chacun apprenne à prier pour l’Autre.


La femme de Gilles

En 1937, Gallimard publie “La Femme de Gilles”, le premier roman de Madeleine Bourdouxhe, un écrivain belge qui a traversé le 20ème siècle sans y trouver sa place.
Ce roman qui a séduit Jean Paulhan et Simone de Beauvoir est bien plus qu’un petit roman d’amour.
Madeleine Bourdouxhe a été une résistante et elle a défendu la liberté des femmes.
J’aime cette écriture simple mais sensuelle, précise et ciselée…sans concession.
Cette oeuvre écrite par une femme solitaire mais qui sait aimer a séduit le cinéaste Frédéric Fonteyne qui a réalisé un film magnifique…au comble de l’esthétique et de l’émotion…qui jamais ne trahit l’écrivain.
Offrez-vous le livre et le DVD…pour oublier ce printemps qui n’en finit pas d’arriver..


Jean-Jacques Cagnart - poème 1960
Il faut vivre
car la vie comme un livre
offre ses pages encrassées
aux mains à jamais enlacées.
Les arbres, l’orage,
le ciel, une étoile,
la prison où l’on rage…
La douleur est un voile.
Le vent affectueux et dur
se crispe et murmure.
Il ressemble à mon âme qui mourra solitaire.
Il faut vivre et souffrir
mais ne jamais se taire.
Il faut hurler, bannir
et quand l’aube se lève
les yeux encore lourds aller prendre la relève
de la nuit qui se tait et meurt
lente habitude.
O mon Dieu j’aime un être aux yeux d’acier
O mon Dieu j’aime un visage émacié
Le vent hurle et se plaint
quand vient la solitude.

Photo Jean-Jacques Cagnart 2008
Poème écrit en février 1960…
ainsi une photo fait remonter à la surface des années de silence…

“Les années”

le 14 avril


Les Années -

“Je suis sûre maintenant qu’on se découvre soi-même davantage en se projetant dans le monde extérieur que dans l’introspection du journal intime. Ce sont les autres, anonymes côtoyés dans le métro…qui par l’intérêt, la colère ou la honte dont ils nous traversent, réveillent notre mémoire et nous révêlent à nous-mêmes”.


Annie Ernaux
Samedi 12 Avril, je suis retournée à la Médiathèque de Cergy-Préfecture. Régine Detambel recevait Annie Ernaux.
Régine respecte ses invités et ses questions nous permettent de parfaitement nous adapter à la personnalité de ces écrivains que nous aimons… respectueusement… silencieusement…
Annie Ernaux est un très grand écrivain et son dernier livre “Las Années” semble écrit avec un souci presque maladif de ne jamais dévier de la Vérité.
En le lisant, j’ai vu défiler 60 ans de ma vie : la guerre, les grèves, les salaires, les chansons, les repas, le combat des femmes, les maladies, la publicité, la radio, les photos, la télévision… Oui, Annie Ernaux a sauvé mes souvenirs. C’est peut-être ce que j’aurais du lui dire samedi à Cergy. Mais j’espère qu’elle lira ce billet et qu’un jour nous nous retrouverons…là ou ailleurs…peut-être pour parler de Saint-Honoré-les-Bains, une bourgade de la Nièvre toujours présente dans nos pensées.
“Les Années” sont plus qu’un livre…on dirait un rayon de soleil réchauffant le passé…notre histoire… Annie Ernaux sauve notre existence. Elle est bien cette “chroniqueuse du passé” que nous attendions.

Soirée réussie…

le 13 avril


Senghor - Brindily - le Clocher Pereire
Je me suis réveillé

Je me suis réveillé sous la pluie tiède, cette nuit
Dans la nuit de mes angoisses, entre les panthères ailées les squales amphibies
Les crabes jaunes qui proprement me mangeaient la cervelle.
Je suis resté longtemps, et ruminant mes pensées tes pensées
Chantant tes dernières paroles, et le sourire du mouchoir, la porte fermée de l’adieu.Je me suis réveillé dans les gorges de tes senteurs bruissantes, exquises.
Ta voix de bronze et de roseau, ta voix d’huile et d’enfant
Comme le soleil sonnait à ma vitre, parmi la fraîcheur du matin.
Et montaient alentour, jaillissant de la lumière de l’ombre
Blanches et roses, tes odeurs de jasmin sauvage : la Feretia apodanthera
Que dans la nuit mes larmes avaient arrosée